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Sa robe est une voûte

30.11.2019 – 25.01.2020 Galerie Nicolas Robert, Montréal

https://www.galerienicolasrobert.com/elise-lafontaine-sa-robe-est-une-voute

eng

Sheltered from alcoves, in a cell or at the liminal borders of life, the artist multiplies creative residencies, in search of new pictorial experiences linked to confinement. Her intimate investigations allow her to infiltrate the prison environment, the caves of the Ariege Pyrenees and the psychiatric hospital. Élise Lafontaine documents her in situ explorations of visual materials that enrich her approach and open new perspectives in painting. She unveils obscure knowledge, bears witness to minor stories locked in this other History that is beyond them.

In this series, the artist depicts in abstract language the effects of volume and light in the Abbey of Saint-Maurice in Switzerland, questioning the existence of these places today. The fascinating architecture of the domes, corbels and other techniques used in the Middle Ages inspires her to play a game in which the dome no longer creates the illusion of reality – of a sky above our heads – but becomes a geometric abstraction. Without a plan or line, she paints the curves freehand. She embraces this uniform movement from one point to another, drawing arabesques that float in the void. Everything seems faded, evanescent, without any solidity. In its folds and hues, the celestial vault that man dreamed of imitating by building cathedrals metamorphoses into skin. This anthropomorphic conception of architecture then leaves plenty of room for subtle asymmetries and almost invisible imperfections. Giganticism is strangled in the proportions of the body, a dream of grandeur cramped within the frame of the painting. The minerality of the stone reveals sometimes a smooth and sensual wall, sometimes a fabric ready to split under our gaze.

By a diversion of the balance between lines, textures and lights, the series Sa robe est une voûte reveals a new apprehension of spiritual places. Each line builds up the mystery underlying the vault: how can we represent the religious eternity of a place in a different light, how can we try to transform it into uchrony? Is it still possible to experience this without evoking the invisible history of the real and symbolic misdeeds of religion? Many times reworked, the thin transparent layers desecrate places in pastel tones far from the gothic representations. Behind the minimalist aesthetics of these canvases, the miracle of light remains suspended. The magnetic perspective induced by the arches oscillates between a mystical representation worthy of the famous poems of Teresa of Avila and the confinement of the body reduced to its simplest skeleton.

Text by Laure Neria.

fr

À l’abri des alcôves, dans une cellule ou aux frontières liminales de la vie, l’artiste multiplie les résidences de création, à la recherche d’expériences picturales inédites liées au confinement. Ses enquêtes intimes lui permettent d’infiltrer le milieu carcéral (Québec, 2016), les grottes des Pyrénées Ariégeoises (France, 2017) et l’hôpital psychiatrique (Suisse, 2018). Élise Lafontaine documente ses explorations in situ de matériaux visuels qui enrichissent sa démarche, lui ouvrent de nouvelles perspectives en peinture. Elle dévoile des savoirs obscurs, témoigne d’histoires mineures enfermées dans cette autre Histoire qui les dépasse.

Dans cette série, l’artiste figure en langage abstrait les effets de volumes et de lumières de l’abbaye de Saint-Maurice en Suisse, questionnant l’existence de ces lieux aujourd’hui. L’architecture fascinante des coupoles, encorbellements et autres techniques employées au Moyen-Âge lui inspire un jeu dans lequel le dôme ne crée plus l’illusion du réel — d’un ciel au- dessus de nos têtes — mais devient une abstraction géométrique. Sans plan ni tracé, elle peint les courbes à main levée. Elle épouse ce mouvement uniforme d’un point qui en poursuit un autre, dessine des arabesques qui flottent dans le vide. Tout a l’air délavé, évanescent, sans aucune solidité.

Dans ses plis et ses teintes, la voûte céleste que l’homme rêvait d’imiter en bâtissant des cathédrales se métamorphose en peau. Cette conception anthropomorphique de l’architecture laisse alors toute la place aux asymétries subtiles, aux imperfections quasi invisibles. Le gigantisme s’étrangle dans les proportions du corps, rêve de grandeur à l’étroit dans le cadre du tableau. La minéralité de la pierre dévoile tantôt une paroi lisse et sensuelle, tantôt un tissu prêt à se fendre sous notre regard.

Par un détournement de l’équilibre entre lignes, textures et lumières, la série Sa robe est une voûte révèle une nouvelle appréhension des lieux spirituels. Chaque tracé échafaude le mystère sous-jacent à la voûte : comment représenter sous un autre jour l’éternité religieuse d’un lieu, tenter de la transformer en uchronie ? Peut-on encore en faire l’expérience sans évoquer l’histoire invisibilisée des méfaits tant réels que symboliques portés par la religion ? Maintes fois retravaillées, les fines couches transparentes désacralisent les lieux en des tons pastel loin des représentations gothiques. Derrière l’esthétique minimaliste de ces toiles, le miracle de la lumière reste en suspens. La perspective magnétique induite par les arches oscille entre une représentation mystique digne des célèbres poèmes de Thérèse d’Avila et l’enfermement du corps réduit à sa plus simple ossature.

Texte par Laure Neria.

Crédits: Jean-Michael Seminaro